Je passe ma vie à parler de bouquins pour ne pas montrer que j’en lis trop peu. C’est un travers constant chez moi –je surestime complètement ma curiosité intellectuelle alors que, spontanément, je pourrais me nourrir exclusivement de séries de la CW et de pop low-cost. Comme j’ai le plus grand mal à admettre ma médiocrité et mon manque d’ambition, je m’efforce de changer en me lançant, deux fois par an, dans la lecture d’un opuscule de qualité (i.e. recommandé par des amis que j’ai décrété fiables) écrit par un auteur encore vivant. Ces velléités ont également le mérite de m’affranchir un peu des « classiques » -que je n’ai jamais lus, ne lirai sans doute jamais mais que je me sens toujours obligé de défendre.
Bref, cette laborieuse intro pour dire que j’ai lu Sans l’orang-outan d’Eric Chevillard, le mois dernier. Comme vous le savez peut-être, le roman envisage un monde où les orang-outans auraient tous disparu, ce que l’auteur envisage comme le pire des cataclysmes. La deuxième partie donne ainsi lieu à une description complètement surréaliste d’une humanité misérable et au bord de l’extinction. Le roman s’achève, je crois, sur le projet guedin du narrateur qui estime que la seule façon de sauver l’homme est d’en faire un orang-outan 2.0. Ne vous hérissez pas, ça n’a rien à voir avec un pamphlet écolo et, à la limite, c’est l’absence de message et d’allégorie qui m’a troublé. Genre, wow, il a tellement raison, si ces singes roux venaient à tous mourir, je serais totalement paumé, même si, là, je ne m’en rends pas compte et ça me semble absurde. Je n’ai pas tout compris, et je déteste juger du style des écrivains, mais j’ai trouvé ça chouette, d’autant plus que Chevillard parvient à être drôle (quoique parfois flippant) et érudit, ce qui n’est pas donné à tout le monde.
Son blog est du même accabit. De petits billets pleins d’esprit –même si je reste un peu perplexe devant certains- et pas pédants, écrits avec une régularité irréprochable (un par jour) et dont il a fait un livre, L’Autofictif. Duh, je m’étais promis de ne plus me frotter à la critique littéraire, mais ça doit être un fantasme persistant.